Pierre Morel à l’Huissier : « Un député représente une parcelle de territoire et une parcelle de la nation française. »

Paris, mercredi après midi, dans un petit bureau jouxtant l’Assemblée Nationale, nous avons  rendez vous avec Pierre Morel à l’Huissier. Député UMP du plus petit département de France, la Lozère, il nous reçoit pour parler de sa fonction, de son nouveau rôle d’opposant et de l’UMP, plongée dans une bataille pour l’élection de son président. Mais le principal combat de Pierre Morel, c’est la reconnaissance des zones rurales dans une France où la politique ne passe que par la capitale. Il en a même fait un courant politique : la Droite Rurale. Avec la tenue début octobre des Etats Généraux de la démocratie territoriale, la décentralisation et la réforme des échelons administratifs vont être à nouveau au cœur du débat politique français. L’occasion pour lui de nous expliquer sa vision de l’organisation du territoire.

 

Quelle est la perception des zones rurales dans un Etat centralisé comme la France ?

Nous ne sommes pas nombreux à défendre la ruralité. Pourtant, le territoire français c’est 80 % de ruralité mais malheureusement sur ces 80 % il n’y a que 11 millions d’habitants par rapport au reste de la population qui se trouve dans les villes. Il y a donc un problème de représentativité humaine et nous avons un peu de difficultés à faire admettre que les territoires ruraux doivent être traités de manière particulière.

Alors que l’on parle d’une réforme de l’organisation de la carte administrative française, est ce que vous pensez que les départements ont encore un rôle à jouer dans la mise en valeur des territoires ?

Aujourd’hui il y a trop de stratification, entre la commune, les intercommunalités, le département, la région, l’Etat, l’Europe. Le citoyen s’y perd. Il ne sait plus qui fait quoi. Il y a déjà une clarification à faire. Après, concernant la problématique du maintien du département par rapport à la région, il y a de gros risques pour que le département ne soit plus considéré comme un échelon pertinent.

Pourra t’on encore défendre certains territoires malgré sa suppression?

Je pense que ce qui va apparaître dans l’avenir c’est le regroupement des communes dans des intercommunalités. L’addition de communes ou d’agglomérations sera le premier échelon puis ensuite viendra la région. La cellule de base c’est la commune, comme elle ne peut pas se suffire, il faut qu’elle se regroupe. L’échelon départemental va donc  fusionner avec d’autres.

Vous venez de remettre un rapport au Président de la République sur la simplification des normes pour les zones rurales. Est ce une autre solution pour les revaloriser ?

Ce mercredi, nous avons passé la mâtinée, sur une proposition de loi que j’ai proposée et qui  fonde le principe d’adaptabilité des normes. C’est à dire on créerait un nouveau principe juridique qui permettrait de dédifférencier les normes urbaines et rurales. Le concept est admis à gauche et à droite.  Quand on est dans des territoires ruraux ou des petites communes, il y a des normes qui s’appliquent. Or, la norme elle est toujours fabriquée à Paris pour s’appliquer sur l’ensemble du territoire mais quand il arrive d’appliquer des normes de sécurité, d’assainissement ou de construction dans une commune de 50 habitants de la même manière que dans une commune de 500 000 habitants, c’est disproportionné. Il faut donc assouplir cela.

Les Etats Généraux de la démocratie territoriale vont se tenir début octobre, avec sans doute au programme, la suppression du conseiller territorial, qu’en pensez vous ?

J’étais contre le conseiller territorial, parce qu’il s’agissait de faire d’une seule personne à la fois un conseiller général et un conseiller régional. Il allait exercer une partie de son temps dans le département et une partie de son temps à la région. Comment peut-il exercer les deux mandats ? Le problème est constitutionnel. L’article 72 de la constitution dit que les collectivités s’administrent librement et aucune ne peut exercer une tutelle sur l’autre. Or, le conseiller territorial qui est dans son département et  qui arrive à la région, on va lui dire : « si tu ne fais pas comme ça on ne t’aidera pas dans ton département. » Il y aurait donc une perte de la liberté d’action.

De quelle manière analysez vous l’importance progressive du vote FN dans les départements ruraux?

Les gens sont exaspérés par une administration tatillonne, par des normes impossibles à appliquer. On reproche au système national de trop réglementer les territoires. L’asphyxie normative est le point central de cette réaction. Ce vote FN est une expression de raz le bol par rapport aux difficultés actuelles. On a vu cette évolution car le FN était à 3 ou 4 % en Lozère à l’époque et il est passé à 18 % aux Présidentielles. C’est symptomatique de cette période où les gens ne supportent plus les contraintes.

Est ce qu’être de droite ou de gauche compte beaucoup en zone rurale ?

Ce n’était pas le cas mais ça le devient. On voit dans les départements ruraux comme l’Aveyron, la Lozère, une poussée d’idées de gauche qui étaient assez minoritaires. Je pense que la population se politise de plus en plus. Par ailleurs, dans les territoires ruraux on avait un électorat de droite parce qu’il était agricole alors qu’aujourd’hui le milieu agricole se raréfie. La mutation sociologique fait qu’on a de plus en plus de nouveaux arrivants, des gens qui sont retraités ou en dehors de la vie agricole, qui ont des opinions plutôt de gauche.

Etre député de l’opposition, c’est un nouveau travail ?

Totalement. D’abord on n’est plus invité par les ministres. Les relations avec l’institutionnel changent, ils proposent des choses et nous sommes en contradiction. Critiquer c’est facile ! Et il peut y avoir beaucoup de mauvaise foi dans la critique.

Votre voix est également devenue plus libre, comme on l’a vu cet été avec vos tweets qui critiquaient l’intervention de Nicolas Sarkozy sur le dossier syrien ou même « la nullité » de certains membres de l’ancien gouvernement?

On peut être beaucoup plus rebelle que lorsqu’on est dans la majorité, où nous sommes pris dans un système. Notre rôle est d’accompagner une politique globale dont on n’épouse pas d’ailleurs, tous les contours.

Vous soutenez Jean François Copé pour les élections de l’UMP, pour quelles raisons ?

C’est le plus direct et le moins hypocrite. Quand il a quelque chose à vous dire il vous le dit. Or dans la vie politique il y a beaucoup de gens qui vous disent je m’occupe de toi et qui ne le font jamais. Je préfère donc avoir quelqu’un qui vous dise non clairement. En plus, l’objectif de François Fillon, ce n’est pas le parti. Une fois élu, il est clair qu’il va donner l’UMP à Valérie Pécresse en tant que secrétaire générale. Je cherche un patron de parti, pas un candidat à la présidentielle.

Quelle devrait être la ligne politique de l’UMP dans l’opposition?

Moi je suis assez atypique là dessus. Je ne suis pas un député UMP qui attaque tout. Je suis prêt à voter un certain nombre de textes comme la règle d’or qui va être proposée avec le Traité Européen, comme la suppression du conseiller territorial, comme peut-être la loi contre le non cumul des mandats. Il faut garder à l’esprit qu’on est un député sur 577 et qu’on doit faire prévaloir l’intérêt général en dehors de toute idéologie.  Si on s’enferme trop dans l’idéologie, je crois qu’on ne fait pas œuvre utile pour son pays. Un député représente une parcelle de territoire et une parcelle de la nation française.

Vous voterez personnellement pour la loi sur le non-cumul?

Oui, mais il y a beaucoup d’hypocrisie. Les socialistes arrivent comme des vierges effarouchées en disant nous allons faire table rase du passé. En réalité, je suis convaincu que la loi sur le non-cumul ne passera pas et que dans leurs propres rangs, il y a des députés, des sénateurs qui ne veulent pas du tout abandonner leur mandat.

Mais est-ce que, selon vous, certains mandats ne sont pas utiles pour un meilleur ancrage dans le territoire ?

La loi sur le non-cumul ne devrait pas s’appliquer aux territoires ruraux car pour avoir de l’impact, il faut être maire, conseiller général. Ce qui heurte ce sont les grosses villes, être Président d’un Conseil Général ou Régional. Etre maire d’une petite commune aujourd’hui, ça ne gêne personne.

Que pensez vous de l’annonce faite par  le Président de l’Assemblée Nationale de réduire de 10 % l’indemnité de représentation et de frais de mandat alloués aux députés?

Je trouve ça ridicule et ce n’est pas correct vis à vis de la population. Ils vont expliquer qu’ils ont moralisé la vie publique et à coté de ça on recrute sa femme (Claude Bartelone le Président de l’Assemblée Nationale a recruté sa femme en tant que collaboratrice ndlr). Les socialistes, c’est thèse, antithèse et ne faites surtout pas ce que je fais.

Simon Buisson

Publié sur La Jeune Politique.

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