PARIS-SACLAY, L’AUTRE PARI(S) NUMÉRIQUE

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Le campus désert de Paris-Saclay (Crédit photo : Simon Buisson).

Alors que le projet de Paris capitale numérique  proposé par Fleur Pellerin a pour but affiché de rivaliser avec les clusters internationaux comme la Silicon Valley, il pourrait rentrer en concurrence avec Paris-Saclay, œuvre du gouvernement précédent. Reportage au sein d’un des projets les plus ambitieux du Grand Paris.

Au milieu de 5 000 hectares dont 3 100 de terres agricoles, les bâtiments du cluster Paris-Saclay sortent de terre comme des champignons. À côté du complexe de la Commission de l’Energie Atomique (CEA) se trouvent un florilège de locaux aux noms grecs (Pythagore, Euripide ou encore Platon) où travaillent les employés de la fondation de coopération scientifique de Paris-Saclay. Dans les allées fleuries, personne, sauf peut être un ou deux jeunes hommes marchant d’un pas rapide. Tout est silencieux.

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Créé en 1970, le campus de Saclay est en pleine mutation. Inscrit dans le projet du Grand Paris, le nouvel établissement public accueille déjà l’Ecole polytechnique, Centrale ou HEC, ainsi que de nombreux organismes de recherche. Mais il n’existait aucune structure les réunissant. A partir de 2014, les 23 écoles seront rassemblées dans une structure universitaire unique. Elles cohabiteront avec des entreprises déjà installées dans ce cadre bucolique : entre autres, Thalès, Motorola et de jeunes start-up. Un cluster qui est voué à devenir le cœur de l’innovation scientifique et technologique française, avec en ligne de mire le modèle de la célèbre Silicon Valley aux Etats-Unis. 12 000 chercheurs et 30 000 étudiants y travailleront à l’horizon 2025 contre 17 500 étudiants aujourd’hui. Le campus sera quant à lui relié à la capitale par la nouvelle ligne de métro 18.

«On n’ose pas prononcer le nom Silicon Valley»

L’Etat souhaite donner «une visibilité mondiale et renforcer de manière importante le dynamisme du plateau de Saclay», explique Dominique Vernay, président de la Fondation de Coopération Scientifique Paris-Saclay. Le développement à l’international et l’attrait chez les étudiants étrangers sont également primordiaux. Paris-Saclay veut intégrer le top 15 du classement des universités de Shanghai. Paris Sud, la première université française, qui intégrera également le campus, se classe aujourd’hui 37e. S’il n’ose pas«prononcer le nom de Silicon Valley», l’exemple du cluster de Cambridge, en Grande Bretagne, revient souvent. «L’objectif de Paris-Saclay est de multiplier par trois le nombre d’entreprises actuellement présentes» afin d’atteindre le chiffre de 16 000 sociétés implantées.

Bâtiments hébergeant des entreprises innovantes (Crédit photo : Simon Buisson).

Bâtiments hébergeant des entreprises innovantes. (Crédit photo : Simon Buisson)

 Dominique Vernay rejette en bloc les critiques sur le rôle des politiques publiques. Seraient-elles trop présentes en France ?  «Les clusters américains ne sont pas nés tout seul. Il a bien fallu transformer après la guerre l’industrie de défense en industrie d’innovation.» Selon lui, la puissance publique dispose de deux méthodes pour régénérer le tissu technologique: la responsabilité absolue dans une logique de planification ou le rôle de rassembleur de moyens pour la création.

C’est la deuxième option qui a été retenue pour Paris-Saclay, à travers des financements publics :«Différents projets ont été sélectionnés et l’Etat s’est mis à disposition». 2,2 milliards d’euros seront investis d’ici 2020 selon la fondation de coopération scientifique de Paris-Saclay.

Une plus grande collaboration entre les universités et le monde de l’entreprise est également espérée à l’image de l’Ecole centrale. Il y a 12 ans, elle a créé un incubateur. 50 entreprises innovantes, tels que Twinlife qui propose des tablettes pour les personnes âgées, ont grandi en son sein et ont pu bénéficier d’espaces de travail et de coaching personnalisés. Situé actuellement à Châtenay-Malabry, il devrait rejoindre le plateau de verdure dans les années à venir. Il existe également l’INRIA, un établissement public de recherche dédié aux sciences du numérique.

«Une mise en quarantaine de scientifiques»

Un peu plus loin, sur le campus étudiant de Palaiseau, qui sera intégré au cluster, on retrouve la même atmosphère lunaire. Mikael, étudiant en première année de Sup optique, regrette que le plateau de Saclay s’apparente plus à «une mise en quarantaine de scientifiques d’Ile de France plutôt qu’à un lieu de création mêlant sciences dur et autres disciplines plus frivoles, comme le design, qui est très utile à la réalisation de produits industriels». Et d’ajouter : «Ici c’est un peu mort, l’année prochaine je vais à Bordeaux étudier dans une autre succursale de Sup Optique ». Le jeune homme précise toutefois que l’avantage de ce regroupement est «de voir ce qui se fait en matière d’innovation, et la possibilité d’avoir des incubateurs d’entreprises dynamiques».

Une de ses camarades de classe, Aurore, 20 ans, estime que le cluster «est plutôt une bonne idée puisqu’il favorise le lien entre monde universitaire et entreprises». Quant au projet de Paris capitale numérique, initié par Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée des PME, de l’innovation et de l’économie numérique, elle ne le considère pas comme un potentiel concurrent puisqu’elle «n’en a jamais entendu parler ici sur le campus». Pour Mikael, ce projet ne rivalise pas directement Paris-Saclay puisque «Paris capitale numérique est fondé sur des start-up, alors que Saclay forme ses propres chercheurs à travers ses universités. On est dans un monde spécial ici». Il réfute également l’appellation de «Silicon Valley à la française » : « je m’imagine la Silicon Valley comme une grande vallée verte et ensoleillée avec plein de scientifiques, plus grand qu’ici ». Une sorte de jardin d’Eden de l’innovation en somme.

Dominique Vernay, lui, préfère aussi parler de complémentarité entre les deux sites. «Paris-Saclay n’est pas un projet intramuros et son but est d’être interdisciplinaire, tandis que Paris capitale numérique n’hébergera que des sociétés numériques. Nous serons à 80 % complémentaires». Quid des 20 % restant ?

Entrée de l’Ecole Polytechnique à Palaiseau (Crédit photo : Simon Buisson)

Entrée de l’Ecole Polytechnique à Palaiseau (Crédit photo : Simon Buisson).

«Faire naitre une émulation»

Du côté de la prestigieuse Ecole polytechnique, on s’adapte aussi à ce nouvel univers. Dimitri est en seconde année. Pour lui, «dans un contexte d’uniformisation du système universitaire, l’école est en train de changer. Des entreprises comme EADS viennent faire des conférences d’une heure pour se présenter mais le système français demeure très loin du milieu professionnel».

Il existe également un programme spécifique en troisième année, dans lequel l’étudiant peut suivre des cours d’ingénierie de l’innovation ou d’entrepreunariat, pour à terme fonder son entreprise. Dimitri croit cependant au projet de cluster. «L’idée de Paris-Saclay, c’est la Silicon Valley. On rapproche des gens géographiquement pour faire naitre une émulation gigantesque. Et grâce à elle, tout le monde avance ».Comme jadis en Californie, Palo Alto.

Et si l’Etat demeure l’instigateur du projet Paris-Saclay comme il le sera pour Paris capitale numérique, en matière d’innovation, le temps des grands monopoles publics, comme France Télécom ou Thomson à l’époque du Minitel, semble révolu.

Claire Estagnasié & Simon Buisson

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