Autisme : La question des soins toujours en débat

La tradition française de l’approche psychanalytique de l’autisme reste controversée alors que les méthodes éducatives connaissent un succès grandissant. Lors de l’annonce du Plan autisme, la ministre déléguée aux personnes handicapées a pris position pour ces dernières.

«En France depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout, et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent, et qui sont recommandées par la Haute autorité de santé.» Un constat sans appel fait à l’occasion de la présentation du troisième plan Autisme (2014-2017). Dans cette interview au Parisien, la ministre déléguée aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti reprend à son compte Les recommandations de bonnes pratiques consacrées à l’autisme et aux autres troubles envahissants du comportement chez l’enfant et l’adolescent, publiées il y a un an par la Haute Autorité de Santé : «Plus de trente ans après leur apparition, l’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques ni sur la psychothérapie institutionnelle.»

Deux méthodes de soin

En France, il y aurait 440 000 autistes et selon le Livre Blanc de l’autisme, de nombreux cas ne sont pas dépistés avant l’âge de 6 ans. Si le plan de la ministre prévoit notamment un dépistage dès 18 mois, il favorise surtout les méthodes éducatives aux pratiques psychanalytiques. Un désaveu pour le milieu psychiatrique français qui défend une approche plus intime, reposant sur les qualités relationnelles avec chaque professionnel et se servant de l’apport de la psychanalyse. Mais une victoire pour les défenseurs des méthodes éducatives. Ils assurent à l’instar d’Amélie Chulet, la représentante de Vaincre L’autisme que «les enfants ou personnes autistes qui bénéficient d’une prise en charge éducative gagnent en autonomie dans leur vie quotidienne et apprennent à gérer leurs frustrations.» Il existe trois modèles: ABA, TEACCH et PECS, se basant sur l’entraînement ainsi que sur la répétition pour adapter l’enfant à son environnement.

Il est très difficile de savoir si les recommandations de l’HAS et les volontés de la ministre pousseront à un véritable changement dans les institutions médico-sociales. Elles ne sont pour le moment en rien obligatoires. Du côté de l’association Vaincre l’Autisme, défenseur des méthodes éducatives, on assure pourtant que «depuis les recommandations, nous n’avons plus entendu de critique concernant les méthodes éducatives.»

Une approche globale loin des clichés

Virginie Boissonnade, chef de service à la Maison des Sources en Lozère, dénonce elle, la généralisation abusive qui est faite. «On parle d’autisme au singulier alors qu’il y a des autistes. Certains enfants ne peuvent pas bénéficier des techniques éducatives. Ce qui compte c’est qu’on respecte le droit de l’usager et qu’on suive les recommandations de la famille dans un souci d’apaisement.» Dans cet établissement d’accueil temporaire pour les personnes handicapées, la longue tradition psychiatrique remonte à François Tosquelles. Réfugié dans le département, il fut un des précurseurs au milieu du XXe siècle, de la psychothérapie institutionnelle.

Il semble loin le temps où l’autisme était considéré comme un trouble affectif et où les médecins accusaient parfois à mots couverts les parents. De nombreux psychiatres reconnaissent les dérives passées et militent pour une approche globale mêlant thérapeutique et méthodes éducatives. Des soins qui seraient initiées dans un climat de confiance avec les familles.

Un droit d’inventaire encore insuffisant pour Amélie Chulet de Vaincre l’Autisme. « Nous recevons chaque jour encore des témoignages de parents victimes d’abus. Cela nous permet de dire que la situation n’a malheureusement pas changé. Si le discours médiatique de ces professionnels a évolué, ce n’est pas le cas de leur pratique».  Sarah Gatignol, en dernière année d’internat dans le service du professeur Delion à Lille dénonce cette vision. «Une grande majorité des centre médico- psychologique et des hôpitaux de jour ont une approche globale et les méthodes éducatives trouvent de plus en plus leur place.» Mais, ils s’opposent à des méthodes qu’ils apparentent dans le pire des cas à un véritable « dressage » de la personne.

Chef du service pédopsychiatrique du CHRU de Lilles, Pierre Delion est pourtant devenu le bouc émissaire des familles d’autistes opposées à ses recherches sur le packing – qui consiste à envelopper d’un drap humide l’enfant en crise-. Sarah Gatignol regrette «cette guerre de fond» qui aujourd’hui explose sous l’influence des campagnes organisées par certaines familles. «L’époque malheureuse où un discours dogmatique attendait que les enfants autistes émergent d’eux-mêmes est révolue». Avant de poursuivre : «il faut sortir des clichés, quand on fait de la psychanalyse avec un autiste, on n’est pas sur un divan.»

Un problème de manque de moyens plus qu’une polémique

La question n’est pas tant la méthode utilisée, mais réside dans la détresse des familles qui demeurent désemparées face à l’autisme et trouvent difficilement leur place dans le processus de soin. A cause des attaques qu’a connu le Professeur Delion, «des gens sont partis en colère, mais ils sont revenus» témoigne Sarah Gatignol. Elle pointe également «des lobbys très puissants de familles qui influencent les pouvoirs publics».

Cette guerre idéologique évite de parler du vrai problème de l’autisme : le manque de moyens et de places dans des centres d’accueil ou lors de simples consultations. Car, « appliquer des méthodes protocolisées coûte moins cher que de soigner au cas par cas c’est à dire selon Pierre Delion: inventer un costume sur mesure pour chaque petit patient», conclut-elle.

Simon Buisson

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Article publié dans Handirect Le média des situations handicapantes – septembre/octobre  

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